aguicher

aguicher [ agiʃe ] v. tr. <conjug. : 1>
• 1881; arg., « exciter contre, agacer » 1842; de guiche;cf. région. agucher « aiguiser, exciter »
Exciter, attirer par des agaceries, des manières provocantes. allumer.

aguicher verbe transitif (ancien français aguichier, garnir de courroies) Chercher à séduire quelqu'un, à se l'attacher par des coquetteries : Elle l'aguichait par ses taquineries. Manœuvrer la ligne de façon à attirer et à faire mordre le poisson. ● aguicher (synonymes) verbe transitif (ancien français aguichier, garnir de courroies) Chercher à séduire quelqu'un, à se l'attacher par des coquetteries
Synonymes :
- émoustiller
Contraires :

aguicher
v. tr. Exciter par des agaceries, des manières provocantes.

⇒AGUICHER, verbe trans.
A.— Emploi trans.
1. Vx ou arg. Exciter, agacer, irriter par des provocations répétées.
a) [L'obj. est une pers. et plus rarement un animal (ex. 2)] :
1. [TORTILLARD :] promettez-moi que vous me laisserez aguicher le Maître d'école?... laissez-moi seulement le faire écumer.
E. SUE, Les Mystères de Paris, t. 7, 1842-1843, p. 105.
2. Ils [les enfants du village] rampaient sournoisement pour aguicher Pouzzli [l'ourse] en lui jetant des poignées de poussière.
J. RICHEPIN, Miarka, la fille à l'ourse, 1883, p. 23.
3. ... Ah! la bougresse de gamine, dont le sacré caractère était la seule cause de leurs embêtements! Chaque soir, quand elle se couchait, elle criait à Buteau :
— C'est ma sœur, mais qu'elle ne recommence pas à m'aguicher, ou je te la flanque dehors!
É. ZOLA, La Terre, 1887, p. 207.
4. Pille! pille! hurla le berger, en aguichant ses chiens.
J. RICHEPIN, Cauchemars, 1892, p. 71.
b) [L'obj. désigne un inanimé hum. (besoin, sentiment)] :
5. [Le médecin :] Il faudrait lui faire comprendre [à cette mère que désole la folie d'amour de son fils] qu'elle aguiche la soif du petit, en l'empêchant de boire.
J. RICHEPIN, La Glu, 1881, p. 216.
6. [Ch. n'avait jamais entretenu sa femme de cette bienfaitrice] qu'à mots couverts, s'amusant un peu de l'en savoir jalouse et d'aguicher cette jalousie.
J. RICHEPIN, Flamboche, 1895, p. 161.
c) Aguicher qqn ou qqc. contre. Exciter, irriter contre :
7. [Pendant qu'il me rossait pour te défendre,] ce qui est gentil de sa part, c'est que tu n'as pas aguiché cet enragé-là contre moi (...) quand je n'en voulais plus [étourdi de ses coups.]
E. SUE, Les Mystères de Paris, t. 1, 1842-1843, p. 17.
8. ... c'est elle surtout qui entretint les vilaines idées de Glende et qui aguicha sa jalousie contre M. Cattion-Bourdille.
J. RICHEPIN, Miarka, la fille à l'ourse, 1883, p. 306.
2. Intéresser quelqu'un, susciter la curiosité de quelqu'un par des procédés ostentatoires.
a) Attirer, allécher.
[Le suj. désigne une pers.] :
9. — Bien; mais alors les vicaires et les autres abbés titulaires, qu'est-ce qu'ils font, s'ils se déchargent ainsi de leurs tâches sur le dos des autres?
— Ils font l'ouvrage élégant et facile, celui qui ne réclame aucune charité, aucun effort! Ils confessent les ouailles à falbalas, préparent au catéchisme les mômes propres, prêchent, jouent les rôles en vedette dans les cérémonies où, pour aguicher les fidèles, l'on déploie de théâtrales pompes!
J.-K. HUYSMANS, Là-bas, t. 2, 1891, p. 60.
[Le suj. peut être un inanimé] :
10. J'y gagne d'abord d'être à cinq journées de chameau dans le sud... Cet horizon-là commence à m'aguicher, depuis quelque temps... J'ai envie de savoir ce qu'il y a derrière ces échines violettes.
H.-R. LENORMAND, Le Simoun, 1921, 3e tabl., p. 20.
[Le suj. reste implicite] :
11. Un des avantages des bibliothèques circulantes est qu'elles obligent à faire des livres solides et se lisant facilement, par conséquent beau papier et beaux caractères; les illustrations deviennent inutiles du moment où il ne s'agit plus d'aguicher un acheteur.
P. CLAUDEL, A. GIDE, Correspondance, lettre de P. C. à A. G., 1899-1926, p. 137.
b) Spéc., dans le lang. de l'amour
[Le suj. désigne une pers., gén. une femme; le verbe est éventuellement accompagné d'un compl., introd. par les prép. de ou avec, indiquant le moyen par lequel s'exerce l'aguicherie] Attirer par des œillades et, p. ext., attirer par toutes sortes d'agaceries, chercher à séduire par des manières coquettes ou provocantes :
12. ... et elle a tout fait, je l'ai vue. Oui, oui, chaque soir, elle aguichait la petite, elle l'allumait pour le jeune homme, avec un tas d'affaires malpropres. Aussi vrai que cette lampe nous éclaire, c'est elle qui les a jetés l'un sur l'autre.
É. ZOLA, La Joie de vivre, 1884, p. 956.
13. ... elle le trompait, quasi, avec chaque homme qu'elle regardait, tant il y avait dans ses prunelles d'instinctive provocation, de sensualité complice, brûlante comme braise. Et c'était Raboliot qu'elle aguichait ce soir. Lui s'en amusait un brin, troublé tout juste à fleur de poil, car il aimait bien Sandrine; troublé pourtant, comme les autres mâles.
M. GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 33.
14. Ses yeux parcouraient les différents groupes épars dans l'étroite salle et, soudain, ils rencontrèrent ceux de sa voisine, dont le regard continuait de chercher le sien, avec cette impudence rusée des filles qui aguichent, d'un demi-sourire impur, l'amant de demain, tout en bavardant avec celui d'aujourd'hui.
P. BOURGET, Nos actes nous suivent, 1926, p. 116.
15. Elle n'avait pas nettement l'idée d'en agir ainsi, mais elle s'était mise à l'aguicher. Est-ce qu'on peut faire autrement, seule avec un homme quand la nuit tombe? Elle se fichait de ce petit brun, qui se caressait la brosse à dents, comme de son premier jupon, mais il faut bien passer le temps. Et puis, c'est irritant, quelqu'un qui vous résiste.
L. ARAGON, Les Beaux quartiers, 1936, p. 429.
16. Elle se doute bien que je dois l'attendre quelque part sous le taillis et marche doucement, comme une qui n'est pas pressée et qui cherche à se faire désirer un peu, point trop, car les gars et, à plus forte raison, les messieurs aiment bien qu'on les aguiche, mais pas qu'on les agace.
H. BAZIN, Vipère au poing, 1948, p. 251.
[Le suj. désigne un homme] :
17. « ... Il appelle la femme de chambre (...) et comme il la trouve jolie, il le lui dit (...) très clairement, sous le nez de sa femme (...) il a raison, du reste, d'aguicher la petite femme de chambre, car elle est diablement jolie!... » (Scamp, Gil Blas).
FRANCE 1907.
Rem. 1. Attesté ds Lar. 20e, Lar. 3, QUILLET 1965 comme mot fam. 2. Les 2 emplois sont également attestés en arg. (cf. Lar. 19e) :
18. Aguicher un sinve pour le dégringoler, attirer un imbécile pour le voler.
L. RIGAUD, Dict. du jargon parisien, L'Argot ancien et moderne, 1878, p. 6.
19. Tu t'figur's que tu les aguiches
Pa'c' que t'as un' def [casquette] et des guiches [cheveux ou jambes]. (Blédort).
A. BRUANT, Dict. français-argot, 1905, p. 17.
3. Emplois partic.
a) PÊCHE. ,,Manœuvrer la ligne pour inciter le poisson à mordre.`` (Lar. 3).
b) Régional :
20. Aguicher. Guetter, surprendre par ruse.
P. MARTELLIÈRE, Glossaire du Vendômois, 1893, p. 10.
21. Aguicher. Regarder du coin de l'œil.
VERR.-ON. t. 1 1908, p. 23.
B.— Emploi pronom., rare.
1. Fam. Se quereller :
22. [Vieux amis, le comte et le chevalier ne causaient] qu'en discutaillant (...) Quand le docteur arriva, le comte et le chevalier étaient déjà en train de s'aguicher à propos du jeune vicomte.
J. RICHEPIN, La Glu, 1881, p. 22.
2. S'exciter mutuellement par des coquetteries :
23. ... il cria : il faut pourtant que nous nous voyions; songez au mal que nous nous faisons, en nous aguichant ainsi dans l'ombre, songez au remède qui existe, ma pauvre amie, je vous en prie... et il indiquait un rendez-vous.
J.-K. HUYSMANS, Là-bas, t. 1, 1891, p. 154.
Stylistique — Appartenant d'abord à la lang. arg. et pop., en partic. des milieux parisiens de la prostitution (cf. le sens arg. de guiche dans La Chanson des gueux de Richepin : ,,Gare au bataillon d'la guiche`` la guiche « le monde des souteneurs ») aguicher n'est plus senti auj. que comme légèrement fam. DAUZAT Ling. fr. 1946, p. 172 signale que ,,ce terme est sorti depuis longtemps des milieux populaires et c'est à peine s'il reste familier``. Sa vitalité reste assez grande : cf. les dér. de aguicher comme aguicheur, aguicherie, aguichage, qui sont des créations relativement récentes.
Prononc. — 1. Forme phon. :[]. Enq.://. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : aguichage, aguichant, aguicheur (-euse).
Étymol. ET HIST. — 1842-1843 « exciter » (E. SUE, Mystères de Paris, VIII, p. 213 : [Le singe] que son maître aguichait toujours contre l'enfant, monte sur son dos, le prend par le cou et commence à lui mordre au sang le derrière de la tête); 1866 « agacer » (Lar. 19e t. 1 : Aguicher [...] Argot. Agacer); 1878 arg. « attirer qqn pour lui faire un mauvais coup », supra ex. 18; 1890 « attirer par des agaceries » (P. BOURGET, Physiologie de l'amour moderne, p. 129 : [...] cette cuistrerie sentimentale m'eût-elle empêché d'avoir le cœur navré, une fois de plus, en la [Colette] voyant [...] aguicher de nouveau ce Salvanay); 1891 « attirer en suscitant la curiosité », supra ex. 9.
De l'a. fr. aguichier « garnir de courroies » ca 1285 (Le Roman du Chastelain de Coucy et de la Dame de Fayel, éd. Crapelet, 1057 ds T.-L. : Veissiés... Poitraus mettre et chevaus couvrir, Et ces fors escus aguicier [ : atachier]), lui-même de l'a. fr. guiche, guige « courroie par laquelle on suspendait le bouclier au cou » ca 1100 guige (Chanson de Roland, éd. Bédier, 3151 : Pent a sun col un soen grant escut let : D'or est la bucle e de cristal listet, La guige en est d'un bon palie roet), 1130-1160 guiche (Couronnement de Louis, 935, éd. Langlois ds T.-L. : Le paien a feru [...] Tote la guiche li desrompi del col, Qu'a terre chiet li bons escuz a or), cette dernière forme empruntée à un a. bas frq. withthja « lien d'osier », tandis que guige représenterait un second empr. à une époque plus tardive, à un a. bas frq. « id. », cette dernière forme frq. étant le résultat d'un affaiblissement des spirantes (voir FEW t. 17 s.v. withthja); l'a. bas frq. est étayé par l'a. fris. withthe, l'ags. , l'a. nord. (DE VRIES Anord. 1962). Selon FEW les courroies permettant de porter les boucliers ont été fort longtemps en osier, ce qui permet de rejeter les autres étymol. avancées pour l'a. fr. guiche, guige, telles que lat. vulg. vitica « vrille de la vigne » avec influence du germ. windan « tourner » (DAUZAT, Fr. mod., t. 6, 1938, p. 18, n° 1) ou a. h. all. winting latinisé en windica « bande à enrouler autour des jambes » (FEW, loc. cit.).
L'hiatus entre l'a. fr. aguicier et le fr. mod. aguicher tendrait à faire croire que le mot a, pendant plusieurs siècles, complètement disparu de la lang. Mais celui-ci a continué à vivre dans les dial. (voir FEW, loc. cit.), où il a été puisé par la lang. arg. et pop. du XIXe s. Le rattachement du 1er sens attesté en fr. mod. (« exciter, provoquer, chercher querelle à ») à l'a. fr. « mettre une courroie » peut s'expliquer par le concept commun de « lien », par lequel s'exprime volontiers toute relation, même d'hostilité, entre deux êtres (FEW met en parallèle l'all. anbinden « chercher noise à », ainsi que l'all. anbändeln « faire des tentatives d'approche auprès de qqn », qui, tous deux, font partie de la famille de Band « lien »). La filiation sém. en fr. mod. « exciter », « attirer en excitant », « attirer » est simple.
G. STRAKA, Guiche et aguicher ds Mél. Dauzat, 1951, pp. 323-338, tout en recourant à l'étymon a. fr. aguichier, propose l'évolution sém. suiv. : aguicher « attirer par des agaceries » serait la continuation de l'anc. verbe aguicher en passant par les étapes « mettre la courroie à un bouclier », « mettre le bouclier au cou », d'où « attacher, fixer qqc. », d'où « attirer qqn », d'où « attirer la curiosité de qqn », d'où « attirer qqn par des œillades ou par toutes sortes d'agaceries ». L'auteur suppose en outre une influence phonét. et sém. de l'ang. aguigner « surveiller du coin de l'œil... » (VERR.-ON.), qui aurait favorisé le passage pour aguicher du sens « fixer, attacher » à celui d'« attirer l'attention par les regards ».
L'hyp. de DAUZAT Ling. fr. 1946, p. 173 selon laquelle fr. mod. aguicher serait dér. du fr. guiche « mèche de cheveux », fait difficulté du point de vue chronol. De plus, le 1er sens « exciter, chercher querelle à » serait difficile à expliquer à partir de guiche « mèche ». À cette hyp., comme à la précédente, s'oppose la chronol. des attest. On remarquera toutefois qu'il convient d'accorder moins d'importance à la chronol. des attest. quand il s'agit de faits de lang. relevant uniquement de la lang. parlée.
Un rapprochement avec le normanno-pic. agucher « aiguiser, stimuler », var. de l'a. fr. aguisier (aiguiser), (FEW t. 1, p. 26 s.v. acutiare), ne semble pas à retenir. Il en est de même pour une relation avec l'a. pic. guischier « faire un mouvement brusque de va-et-vient » (empr. à l'a. bas frq. wiskjan « se glisser », FEW t. 17, p. 599 a; cf. son emploi ds Quinze joyes de mar., XI ds GDF. : La nuit vient, et sachez que la mere a bien introduite la fille, et enseignee qu'elle luy donne de grans estorces, et qu'elle guische en maintes manieres, ainsi que une pucelle doit faire).
L'hyp. d'un rapprochement avec l'a. fr. guischier « tromper » (empr. à l'a. nord. vizkr « fin, pénétrant », FEW t. 17, p. 432 b; cf. son emploi en parlant d'une femme ds Foulque de Candie, Schultz-Gora, 1826 ds T.-L. : Si ment et guische come gaite soutaine) est repoussée par FEW t. 17, p. 605 s.v. withthja.
STAT. — Fréq. abs. litt. :15.
BBG. — BAILLY (R.) 1969 [1946]. — BAR 1960. — BÉL. 1957. — BÉNAC 1956. — DAUZAT Ling. fr. 1946, p. 172, 173. — DAUZAT (A.). Notes étymologiques et lexicologiques. Fr. mod. 1938, t. 6, pp. 17-25. — ESN. 1966. — FRANCE 1907. — HANSE 1949. — LA RUE 1954. — SAIN. Lang. par. 1920, p. 298. — STRAKA (G.). Guiche et aguicher. In :[Mélanges Dauzat (A.)]. Paris, 1951, pp. 323-338. — TORO (M. de). Aguicher et ses dérivés. Fr. mod. 1939, t. 7, pp. 69-70.

aguicher [agiʃe] v. tr.
ÉTYM. 1881; argot « exciter contre, agacer », 1842, E. Sue; de l'anc. franç. aguichier, p.-ê. de guiche « courroie », par l'intermédiaire de formes et de sens dialectaux, ou var. de aiguiser, ou de agacher, var. de agacer, avec infl. possible de guiche (1876) « accroche-cœur » (Guiraud).
1 Vx. Exciter, provoquer. || Aguicher un animal. || Aguicher qqn contre qqn, l'exciter, le monter contre.
1 — C'est ma sœur, mais qu'elle ne recommence pas à m'aguicher, ou je te la flanque dehors !
Zola, la Terre, p. 267, in T. L. F.
2 Mod. Attirer érotiquement par des agaceries, des provocations, des coquetteries. Agacer, allécher.
2 Entre le dessinateur et la pierreuse des boulevards extérieurs, frôlant le passant qu'elle aguiche (…)
Le Temps, 13 déc. 1904, « Exposition de Toulouse-Lautrec ».
REM. Le sujet, selon la conception dominante des rapports érotiques, est le plus souvent une femme.
3 Par ext. Attirer, allécher. || Aguicher les clients, les acheteurs.
——————
s'aguicher v. pron.
1 (1881, Richepin). Vx. Se quereller.
2 Mod. S'attirer réciproquement par de petites provocations.
DÉR. Aguichage, aguichant, aguiche, aguicherie, aguicheur.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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